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  • Catherine Vidal et Dorothée Benoit-Browaeys : Cerveau sexe et pouvoir
    Mis en ligne le 7 février 2008 - Dernière modification le 20 juillet 2010

    Catherine Vidal et Dorothée Benoit-Browaeys : Cerveau sexe et pouvoir. Avant-propos de Maurice Godelier. Éditions Belin, collection Regards, 2005, 112 p


    POSITION DE GENRES PLURIELS :

    Nous vous invitons à modifier systématiquement "LE sexe" par "LES sexes" ainsi que "LE genre" par "LES genres" quant il s’agit de la vision générale CAR

    ... LE PLURIEL EST POLITIQUE ... afin de démontrer la diversité ainsi que l’ouverture à de multiples possibilités.

    Catherine Vidal et Dorothée Benoit-Browaeys : Cerveau sexe et pouvoir.

    Note de lecture voir site

    Ce livre est une oeuvre de combat. Il s’inscrit dans la lutte théorique et idéologique contre les tenants du déterminisme biologique, qui justifient les inégalités par la nature. La question de départ est donc : Le recours à l’autorité de la science permet-il de légitimer l’inégalité entre les hommes et les femmes, le pouvoir machiste est-il inscrit dans le cerveau ? Pour les auteures, la réponse est non ! Afin d’appuyer leur démonstration, elles font le bilan des connaissances sur le sujet.

    Un premier préjugé est balayé d’emblée : le poids prétendument inférieur du cerveau des femmes. Il n’est pas inférieur si l’on tient compte des proportions du corps. En outre, le poids du cerveau ne prouve rien, de nombreux savants ou écrivains avaient de petits cerveaux. La seule
    chose que l’on puisse démontrer, c’est que le cerveau est programmé pour apprendre. Aucune mesure ne démontre l’infériorité des femmes... ni celle des personnes noires, d’ailleurs.

    Nos aptitudes, nos émotions, nos valeurs ne sont pas inscrites dans les structures mentales physiques ; elles ne sont pas immuables, elles sont acquises. Notre destin n’est pas gravé dans notre cerveau. Au contraire, les études sur le cerveau au moyen d’analyses par IRM montrent une grande variété de fonctionnements dans l’organisation des pensées, ainsi que dans l’activation des neurones et des diverses zones cérébrales, pour obtenir un même résultat.

    Le cerveau est malléable, il évolue selon les apprentissages et les expériences. Avec l’apprentissage, les différences finissent par s’estomper. Autrement dit, la culture joue un rôle. Chez les femmes, on constate une réduction progressive des écarts de performance, qui va de
    pair avec l’intégration socioprofessionnelle.

    Le fonctionnement du cerveau évolue en permanence, selon les événements. Les circuits neuronaux se font et se défont au gré des expériences. Cette réversibilité montre que les choses ne sont pas fixées à l’avance ni immuables. On ne possède jamais le même cerveau : il est à considérer comme un livre d’histoire personnelle, le témoin du passé ouvert sur l’avenir.

    La spécialisation produit des cerveaux différents. Les observations montrent que la dissemblance entre des personnes spécialisées dans des activités distinctes est plus grande qu’entre femmes et hommes. Les études sur le cerveau révèlent une plasticité cérébrale : pour aboutir à un même résultat, les humains emploient des méthodes variées.

    En revanche, il est maintenant prouvé que le développement du cerveau traverse des périodes critiques. Ses capacités se développent par l’interaction avec le monde extérieur physique et notre monde mental. Ce constat met en évidence l’importance de la culture et du milieu familial, d’où l’intérêt des programmes pour enfants en difficulté.

    L’apprentissage, y compris chez l’adulte, s’appuie sur les caractéristiques du cerveau humain. Le cerveau a une grande plasticité : il acquiert de nouvelles compétences, mais peut également éliminer des connexions acquises qui ne lui sont plus utiles. Le caractère réversible est complémentaire de la restructuration qui intervient, par exemple, après un accident. Il se produit une compensation induisant l’utilisation de nouvelles zones du cerveau. Le processus de formation et d’élimination des synapses est à l’oeuvre en permanence.

    Les différences de sexe ou de couleur de peau ne peuvent pas s’expliquer par un seul facteur. Le sexe biologique est un long processus qui met en jeu de multiples gènes. Il n’existe pas un déterminant qui expliquerait à lui seul la différence des sexes.

    Sur la question de l’influence des hormones, les auteures remarquent que le sujet est assez complexe et qu’il s’est modifié avec l’évolution des espèces. L’espèce humaine se caractérise par une séparation entre la sexualité et la reproduction, ce qui n’est pas le cas chez les autres espèces animales. Cette séparation génère une disponibilité sexuelle permanente. La sexualité différente des besoins vitaux. L’influence de la culture va de pair avec le recul des hormones. L’importance des constructions mentales, imaginaires, symboliques, dans l’érotisme humain montre que les données biologiques sont médiatisées par la culture.

    La détermination biologique est-elle à privilégier ? L’anthropologie montre que les croyances religieuse apparaissent vers moins 30 000 ans, en même temps que les outils.

    Les humains évoluent toujours en groupe, avec des règles sociales, des croyances, des traditions. Dans cette évolution, existe-t-il une origine différente pour la femme et pour l’homme ? Les anthropologues, comme Lévi-Strauss, remarquent que les constructions symboliques et les mythes sont fondamentaux dans le contrôle de la sexualité. Avis partagé par Françoise Héritier, qui pense que les hommes ont besoin de contrôler le corps des femmes car ils dépendent d’elles pour se reproduire. La sexualité est un fait de culture. C’est la pensée humaine qui a construit des systèmes d’interprétation et des pratiques symboliques constituant
    autant de manières d’organiser et de légitimer la primauté des hommes sur les femmes.

    Ensuite, les auteures s’attaquent aux corrélations abusives utilisées pour montrer que la chimie est déterminante dans le niveau d’intelligence. Même chose pour le suicide. La science est instrumentalisée, dévoyée à des fins idéologiques. Avec l’IRM, l’observation du comment l’emporte sur le pourquoi. L’IRM montre la plasticité du cerveau et sa complexité. La simplicité rassure et renforce les préjugés. Allons-nous vers une « neurosociété » ? Oui, s’il est fait un
    recours abusif à la biologie. Expliquer les différences entre humains par le déterminisme biologique présente plusieurs dangers. Le refus des facteurs socioculturels et politiques est renforcé par certaines études du cerveau. L’explication des problèmes sociaux par la biologie conduit à postuler un lien fort entre biologie et politique. Ce mécanisme réducteur cherche à établir une liaison entre les neurosciences et une vision politique réactionnaire, qui procède par naturalisation. Les enjeux financiers sont considérables, ils concernent la pharmacologie, pour
    toutes les variétés de psychotropes et l’implantation de puces dans le corps humain. La recherche du bien-être peut conduire à vouloir s’affranchir des contraintes liées à la condition humaine et à une remise en cause de l’éducation et des réformes sociales. S’appuyer sur la technologie ou sur la chimie pour améliorer l’espèce humaine peut inciter à la mise en convergence des nanotechnologies, des biotechnologies, de l’informatique et des sciences cognitives. Les auteures se demandent si un nouveau cap idéologique n’est pas en train d’être franchi avec le dopage humain. Le neuromarketing est une des applications de ces disciplines. Il s’agit d’influencer le mental humain en vue de l’achat. Il servirait à améliorer l’efficacité de la pub et à exploiter le cerveau rendu disponible par TF1. Catherine Vidal et Dorothée Benoit-Browaeys pensent que tout cela pose un problème éthique et qu’il faut mener le débat. Si certaines forces affirment que la biologie est la clé de la nature humaine, importe de rappeler que la nature humaine n’existe pas. La nature humaine, c’est la culture ! On nous propose d’anticiper les problèmes, comme ceux du terrorisme ou des violences urbaines. La biologie expliquerait le mental, y compris pour la psychologie et les autres sciences humaines. Les deux auteures nous rappellent les positions de Pierre Thuillier contre la sociobiologie. La science, ainsi décrite, est un enjeu politique.

    Elles terminent leur livre par une sorte de résumé sur les principaux thèmes dans lesquels la biologie est utilisée pour justifier l’infériorité des femmes.

    Le cerveau a-t-il un sexe ?
    Oui et non. Oui, mais les différences entre les femmes et les hommes sont acquises, elles ne sont pas naturelles. Non, car la différence entre un rugbyman et un violoniste est plus grande qu’entre les femmes et les hommes. La différence des sexes n’est pas inscrite dans le cerveau, doté d’une caractéristique fondamentale : la plasticité. Il est en permanente évolution, au fil de l’apprentissage et de l’expérience vécue. Il existe une réversibilité et la fixation n’est pas définitive. Si l’activité spécialisée s’arrête, la compétence acquise dans le cerveau régresse.

    Le sexe et le volume du cerveau ?
    Chez les femmes il peut être plus petit, mais proportionnellement au corps des femmes. Il n’existe pas de rapport entre le poids, le volume du cerveau et l’aptitude intellectuelle.

    Cerveau droit, cerveau gauche ?
    Les résultats scientifiques ne sont pas probants ; les conclusions sont abusives.

    Langage et orientation dans espace ?
    Rien n’est prouvé. Si les femmes sont plus à l’aise dans le langage et les hommes dans l’espace, c’est dû à l’influence de l’apprentissage, de la culture. C’est qui est nommé « genre ». La progression est toujours possible avec l’apprentissage, que l’on soit homme ou femme. D’autre part, la différence diminue avec le développement du travail des femmes.

    Les évaluations et les résultats des tests ?
    L’apprentissage est différent pour les femmes et pour les hommes. Ce qui démontre simplement la plasticité du cerveau. Avec l’apprentissage, on constate une évolution dans les compétences. Un des exemples faciles à observer est celui des « nouveaux pères ». Ces hommes s’occupent de leurs enfants sans être, au départ, programmés pour cela.

    Les hormones et le cerveau ?
    Les hormones sont importantes pour la reproduction humaine. Toutefois, chez les humains, le choix des partenaires n’est pas déterminé par les hormones. Les homosexuels n’ont pas de problème d’hormones. La délinquance n’est pas liée à un désordre hormonal, mais à un désordre social. Les hormones ont-elles une influence sur la dépression, les maladies mentales, l’agressivité ? Les hormones jouent un grand rôle pendant la grossesse et la ménopause mais, hors de ces périodes, il est impossible de l’affirmer car trop de facteurs entrent en jeu.

    La préhistoire et le cerveau ?
    L’homme aurait été le chasseur et ce passé resterait inscrit dans son cerveau depuis des temps immémoriaux : rien ne peut le démontrer. La distribution des rôles est très variable entre les femmes et les hommes. Il semble bien que les humains de la préhistoire aient vécu en petits groupes, dont tous les membres étaient nécessaires pour faire face à une vie difficile.

    Le bilan ?
    Même si les gènes et les hormones exercent une certaine influence sur le comportement humain, les circuits neuronaux sont liés à notre histoire personnelle. Donc, que l’on soit femme ou homme, il n’existe pas d’invariant. Le seul qui soit, c’est l’invariant de l’inceste et son origine est culturelle. Pas de lois universelles qui dirigent les conduites humaines. La règle générale est celle de la diversité liée à une formidable plasticité du cerveau humain.

    La conclusion ?
    Il s’agit du fondement de notre humanité. Qu’est-ce qui nous fait homme ou femme : la culture ou la nature ? Et pour quelle part ? L’autorité de la science dans le capitalisme contemporain est une clé servant à justifier la domination. Le discours de la science est celui de la vérité ; il énonce des certitudes. Le rôle des experts est devenu fondamental avec l’effacement du discours d’autorité classique. Or, l’activité scientifique est faite de doutes, de débats, de remises en cause, etc. qui font avancer les idées, à l’instar des sciences humaines. L’histoire humaine est aussi l’histoire des idées, une histoire culturelle, une histoire des cultures. L’histoire humaine est fondée sur des valeurs ? Oui, mais leur légitimité ne vient pas de la nature : c’est un choix, reposant sur la liberté mentale, la liberté de création, la liberté d’imagination (cf. Castoriadis et
    l’autonomie), qui est justement le propre de l’humain. Le cerveau permet d’échapper à la nature, aux gènes, aux hormones. Si l’on peut dire qu’il est génétiquement programmé, il l’est pour apprendre.

    Catherine Vidal et Dorothée Benoit-Browaeys terminent en se référant à François Jacob, selon lequel : « L’ouverture du programme génétique augmente au cours de l’évolution pour culminer avec l’humanité ! »

    Philippe Coutant, Nantes le 7 Mars 2005

    Note de lecture parue dans le numéro 21 de la Revue "Les >temps maudits", revue éditée par la CNT Vignoles


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