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  • Le portrait de Claudette
    Mis en ligne le 27 septembre 2009 - Dernière modification le 27 septembre 2009

    Article publié dans le très bon magazine suisse 360°.

    Les deux visages du troisième sexe

    Dans « Claudette », la réalisatrice Sylvie Cachin brosse le portrait
    d’une hermaphrodite prostituée et père de famille. Un film sensible et
    nécessaire, entre destinée multiple et plaidoyer social.
    Ses parents la nomment Claude. Pour lui laisser le choix, puisque
    Claude, en venant au monde, est fille et garçon à la fois. Plus tard,
    elle deviendra Claudette, travailleuse du sexe, artisane de l’amour,
    père de famille et passionnée de cyclisme. De l’Afrique du Nord aux
    nuits des Pâquis, du cloisonnement identitaire à l’épanouissement, la
    caméra de Sylvie Cachin a capté ce témoignage hors norme, et façonné
    un premier long-métrage remarqué. Après avoir reçu le prix du meilleur
    film au Berlin Pornfilmfestival et le prix Ida Feldman du Mixbrazil, « 
    Claudette » sort dans les salles romandes (au Spoutnik de Genève et au
    Zinema de Lausanne).

    Au commencement, il y a eu ce regard, échangé dans un bar des Pâquis à
    Genève. C’était à la fin des années 90, et Sylvie Cachin se souvient :
    « J’ai tout de suite été séduite par la lumière qui brillait dans ses
    yeux ». Dans les yeux de Claudette, il y a l’écume enivrante d’une vie
    en kaléidoscope, sertie par toutes les facettes d’une existence
    multiple, contradictoire, humaine par essence. « J’avais envie de
    m’intéresser à l’identité de genre, au conditionnement social, à la
    catégorisation homme-femme, explique la réalisatrice. Claudette m’a
    permis de mettre ces thématiques en relief. » Mais Sylvie Cachin va
    prendre le temps de se sentir mûre : le tournage, réparti entre Genève
    et la Camargue, démarre en 2005 seulement. Derrière la pellicule, une
    longue amitié est déjà soudée.

    « Je ne croyais pas tellement à ce film, confie Claudette. Sylvie m’y
    a amenée petit à petit. » Durant deux années, le quotidien de la
    rayonnante sexagénaire a été consigné sur pellicule, depuis ses luttes
    pour la reconnaissance des prostitué(e)s jusqu’aux courses de vélo
    auxquelles elle aime participer. Mais surtout, Claudette se confie.
    Elle livre ses souvenirs d’enfance dans une famille aimante et
    tolérante au Maroc. Et puis ce coup de foudre, à l’âge de14 ans, pour
    une femme un peu plus âgée, qui va l’initier au monde de la
    prostitution, devenir son amante, et sa maquerelle. Alors quand la
    famille décide de rentrer en Suisse, la déchirure laisse des traces,
    et des souvenirs brûlants comme le soleil de Tanger. « Je ne fais pas
    ce métier parce que je suis hermaphrodite. Le point de départ, c’est
    l’amour, l’amour de ce que l’on n’est pas, confie Claudette. Et puis
    c’est une activité dans laquelle je peux me sentir femme à cent pour
    cent. »

    Claudette ne rejette pas pour autant sa part de masculinité. « C’est
    Sylvie et son film qui m’ont permis de vivre mon hermaphrodisme
    ouvertement, hors du monde de la prostitution. » Aujourd’hui, elle
    milite pour l’acceptation des personnes intersexes, et dénonce les
    interventions chirurgicales pratiquées sur les très jeunes enfants,
    dans le but de les catégoriser définitivement dans un genre ou dans
    l’autre. « Mon corps et mon esprit m’appartiennent. Personne ne peut
    prendre ce genre de décision pour un nouveau-né de quinze jours à
    peine, ni un médecin, ni un curé. Pour ma part, si j’avais été un
    garçon, je ne serai tout simplement plus là pour en parler, et si
    j’avais été une fille, je n’aurais pas rencontré ma femme. »

    Car oui, Claudette a épousé Andrée. Ils se sont mariés « en blanc »,
    en toute conscience de la nature et des désirs de chacun ; deux
    enfants sont nés de leur union. Une situation familiale à la fois
    simple et déroutante, qui tranche avec les idées reçues sur le milieu
    de la prostitution. « En montrant différentes facettes de Claudette,
    j’ai voulu désamorcer cette posture moraliste qui dit qu’une nature
    non conforme est forcément déviante ou sale » souligne Sylvie Cachin.
    Et c’est peut-être dans ce regard à la fois tendre et sans
    complaisance que réside la plus grande force du film. « Je ne voulais
    pas surplomber, ou analyser, poursuit-elle. Il fallait que Claudette
    puisse raconter sa vérité, sans que je vienne plaquer la mienne
    par-dessus. » Une façon de mettre en valeur l’irrésistible liberté que
    dégage ce parcours de vie. « A mes yeux, une transgenre ou une
    transsexuelle qui assume sa nature est en quelque sorte extravertie,
    bon gré mal gré... parce qu’elle révèle ostensiblement qu’elle est
    femme, elle vit une sorte de coming out permanent. A cet égard, elle
    me semble libre. Et c’est cette liberté que j’ai voulu rencontrer. »

    http://360.ch/blog/2009/06/18/les_deux_visage/


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