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  • Le réel est continu
    Mis en ligne le 1er août 2008 - Dernière modification le 18 novembre 2008

    Sexisme = Racisme

    Les nombreuses études sur la différence des sexes et les non moins amusantes pièces de théâtre du type « Mars/Vénus » ont de quoi laisser perplexe. Elles témoignent sans doute de la résurgence inquiétante d’un obscurantisme rampant et d’un relativisme larvé qui entretiennent une confusion étroite entre science et croyance.

    En effet, continuer à parler du genre et à étudier les différences hommes/femmes (ou, pire, Homme/Femme) relèvent du sexisme le plus primaire de la même façon que les études sur les différences "raciales" reflétaient un racisme primaire, étant donné qu’elles nient le caractère continu du réel et en particulier les continuums de genre, de sexe et de pigmentation. Ceci est sans doute dû au caractère sexiste des sciences exactes qui perdure encore aujourd’hui dans une large mesure.

    Sciences sexistes et obsession ségrégatrice

    La biologie, science du vivant, par conséquent plus proche des sciences humaines, est sans nul doute la première responsable. Persister à vouloir classifier le vivant en deux catégories étanches est d’une malhonnêteté intellectuelle inexcusable pour tout·e biologiste qui se respecte. Le prétendu dimorphisme sexuel est une mystification. Munis de deux bras, deux yeux et deux couilles, les hommes qui historiquement ont construit les savoirs en biologie ont été incapables d’imaginer un monde non binaire. La biologie a heureusement évolué depuis, entre autres en observant d’un peu plus près les individus hermaphrodites ou intersexués, présents dans toutes les espèces animales, et aujourd’hui le continuum de sexe apparaît pour beaucoup comme une évidence.

    En physique, si quelques modèles scientifiques se servent de la notion de discontinuité, c’est parce que cela permet de rendre compte d’un certain nombre de phénomènes observables et d’effectuer des prévisions. Mais ces modèles restent toujours des simplifications du réel. Si la mécanique quantique met en avant l’existence de niveaux d’énergie discrets (par exemple à l’échelle atomique), il ne faut cependant pas perdre de vue que le discret et le continu ne sont que l’aspect particulaire et l’aspect ondulatoire d’une réalité qui reste difficile à appréhender par notre esprit cartésien... Les avancées apportées par l’utilisation des statistiques, de la notion de fonction d’onde ou du concept de champ attestent qu’il existe vraisemblablement une continuité profonde de la matière et de l’énergie (qui nous relie d’ailleurs, nous les êtres vivants, à l’univers tout entier !). Enfin, à l’heure où l’on ne parle plus que de "paquets d’information", il faut rappeler que même les états « on/off » ou « 0/1 » ne sont pas non plus complètement étanches (un interrupteur n’est jamais complètement ouvert ou fermé) ; c’est bien souvent le facteur temps qui permet de parler dans un cas de transition continue et dans l’autre de discontinuité. Bref, le saut discontinu est une abstraction mathématique.

    Justement, les mathématiques, qui traitent d’objets abstraits, nous parlent de fonctions continues ou discontinues et nous apprennent à distinguer un carré d’un cercle. Outils puissants pour les modélisations de toutes sortes, pour autant qu’on les utilise à bon escient. Il a été bien tentant d’appliquer la théorie des ensembles aux catégories humaines mais le fait est que les ensembles disjoints ne sont qu’une vue de l’esprit et que la discontinuité N’EXISTE PAS dans le monde qui nous environne. Pourquoi alors continuer à vouloir séparer ce qui forme un tout ?

    Classer pour mieux ségréguer

    A l’opposé des classes d’objets abstraits aux propriétés discernables, les classifications du réel sont toutes arbitraires et, en ce qui concerne l’espèce humaine, n’ont probablement qu’un seul but : la discrimination, voire la ségrégation. Il peut être utile (pour des raisons démographiques, épidémiologiques, sociologiques, ...) d’opérer un traitement différencié basé sur l’une ou l’autre caractéristique humaine mais il est indispensable de ne pas perdre de vue que celle-ci ne sera jamais qu’une des nombreuses facettes d’un organisme complexe (le corps humain, l’humanité) interagissant en permanence avec son environnement et en perpétuelle évolution. Tout système classificatoire qui tend à naturaliser ou - pire - à figer les différences entre êtres humains est dès lors éminemment suspect.

    Penser la différenciation sexuelle comme un invariant de l’humanité et souhaiter qu’elle soit au fondement de notre société mène tout droit au sexisme. Le concept de genre, s’il permet de mettre en évidence la discrimination sexiste, n’est qu’un modèle imparfait qui, dans bien des cas, alimente lui-même ce sexisme. Le genre binaire est aussi abstrait qu’un carré ou un cercle et c’est pourtant lui qui semble imposer la binarité à un sexe humain bien réel, lui, et aux variations infinies. C’est au nom de cette abstraction du genre binaire qu’on exclut, qu’on réduit en esclavage, qu’on normalise, qu’on mutile.

    Penser au-delà du genre est indispensable si l’on souhaite une société ouverte à la diversité. Mais la veut-on vraiment ? Si oui, acceptons la "continuité plurielle" du monde et laissons la logique binaire aux ordinateurs !


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