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  • Les mouvements queers : les suites logiques aux lesbianismes
    Mis en ligne le 27 mars 2010 - Dernière modification le 27 mars 2010

    Max Nisol de Genres Pluriels ASBL

    Texte édité dans "Chronique féministe n°103/104" de l’Université des Femmes

    Es-tu une fille ou un garçon ? Es-tu gay, lesbienne, bi ou hétéro ? Combien de fois dois-je me classifier, me cataloguer, me restreindre au cours de ma vie ?
    Est-ce un prénom dit « féminin » ou « masculin » dans une culture donnée, une langue spécifique, une temporalité déterminée fait automatiquement de moi un·e femme ou un·e homme ? Des poils, des ovaires, des testicules, un vagin, un pénis ? Vues de corps humains morcellés, découpés au scalpel !

    Je ne veux pas rentrer dans des classifications qui n’ont engendrés que des discriminations sexistes, lesbophobes, homophobes et transphobes. « JE », c’est moi seul·e, pas une donnée sociale, médicale, linguistique normativante !

    Je suis queer [1], terme anglais du retournement de l’insulte pour tout être humain qui sort de la binarité de genre_ (sans « s ») imposée par l’hétérosexisme [2]. Je pourrais même rajouter que je suis transqueer ou genre fluide [3] car je ne suis pris ni dans le commerce de la domination masculine ni dans celui de la nomination même des 2 classes normées.

    Ma vision queer prend sa source dans certaines revendications féministes et lesbiennes car elle analyse les relations humaines en terme de classes genrées et sexisées c’est-à-dire qu’une partie de l’humanité est discriminée, insultée, infériorisée selon certains critères pseudo naturels.

    L’importance démesurée accordée à l’absence ou à l’existence d’organes précis au sein d’un corps humain passe sous silence que la majorité de notre constitution d’être humain possède plus de ressemblances que de différences. De ces données pseudos naturelles, la société hétérosexiste en a déduit des qualités sociales, intellectuelles soit infériorisantes soit supériorisantes.
    Les histoires du volume de la boîte cranienne pour déterminer l’intelligence peuvent nous faire sourire actuellement. Pourtant, c’est le même processus discriminatoire final quand certains « scientifiques » s’évertuent à chercher le gène de « l’homosexualité » ou de la « transsexualité ». Fausses pistes, perte de temps, faux débats, tous gouvernés par la recherche de la différence, condition intrinsèque aux discriminations ultérieures.

    Je suis queer (et toutes ces variantes) car je suis un être humain et le fait d’avoir un utérus, des testicules ou de les avoir enlevés, d’avoir placé des implants mamaires ou d’avoir effectué une « torsoplastie » [4] ne change rien à mon humanité !

    Je ne veux pas que mes droits sociaux et légaux dépendent d’un « F » ou d’un « M » sur ma carte d’identité. Je ne veux plus qu’un bébé soit mutilé à la naissance car la société ne parvient pas à le faire rentrer dans une des deux seules cases prévues à la normalisation binaire [5] . Je veux pouvoir modifier une partie de mon corps afin d’arriver à mon point de confort personnel sans être psychiatrisé·e ni stérilisé·e de force par l’ingérence de la loi [6]

    Classifier les personnes en pédés, lesbiennes, bi, hétéros, hommes, femmes, transgenres, cisgenres [7], intersexes, etc ne sert qu’à envahir notre esprit d’un brouillard épais à des fins de contrôles sociaux, économiques et intellectuels.
    Les êtres humains sont multiples et leurs genreS (avec « s ») [8]le sont également. S’arrêter à 2 catégories F/M est non seulement une abérration scientifique mais également une extermination de la pluralité et de la diversité humaine.

    Je ne veux pas être classé·e, normé·e, étiqueté·e !

    Ni hommes, ni femmes : HUMAINS !


    [1Queer est, à la base, un mot anglais signifiant « étrange », « peu commun », souvent utilisé comme insulte envers des individus gays, lesbiennes, transsexuels... Par ironie et provocation, il fut récupéré et revendiqué par des militants et intellectuels gays, transsexuels, bisexuels, adeptes du BDSM, fétichistes, travestis et transgenres à partir des années 1980, selon le même phénomène d’appropriation du stigmate que lors de la création du mot négritude

    [2L’Hétérosexisme dénote à la fois la supposition voulant que tous les gens soient hétérosexuels et la croyance que les personnes hétérosexuelles sont par leur nature supérieures aux personnes homosexuelles et bisexuelles. L’hétérosexisme indique aussi la discrimination et les préjugés qui favorisent les personnes hétérosexuelles. En tant que tendance à l’égard des personnes hétérosexuelles et à l’hétérosexualité, l’hétérosexisme se trouve « codé dans les importantes institutions sociales, culturelles et économiques de notre société et représente un caractère de celles-ci. » Ainsi, les personnes hétérosexuelles n’ont pas l’apanage de l’hétérosexisme. Les gens de toute orientation sexuelle (y compris les gays, les lesbiennes et les bisexuels) et de toute identité de genres ont une capacité à posséder des convictions hétérosexistes, lesquelles sont issues de la notion culturelle essentialiste voulant que la masculinité (le mâle) et la féminité (la femelle) se complètent

    [3Les genreS fluideS sont l’expression d’un continuum des genreS le long duquel les personnes sont libres d’évoluer vers un point de confort personnel. Cette zone de confort ne dépend ni du sexe dit biologique (génétique et constitution des organes de reproduction) ni des orientations sexuelles. LeS genreS non binaires/ genreS fluideS sont à distinguer, encore à l’heure actuelle, des orientations sexuelles. En effet, un amalgame obligatoire entre le sexe biologique (sexe chromosomique / les organes génitaux) et une identité de genre imposée par « le sexe » est encore très vivace dans la société tant au niveau législatif, médical, administratif que culturel.

    [4Torsoplastie : est la construction d’un torse plat. Appelation positive qui n’enlève rien contrairement à « mammectomie »

    [5Le genre binaire est dans la société l’expression de l’identité de genre et celle-ci doit se montrer en accord avec les attentes de la société, tout comme l’expression des autres comportements. Si une personne contredit les normes sociales, des sanctions qui amèneront la souffrance sont possibles. Les êtres humains auraient cette habitude bien ancrée de faire des généralisations et de créer des stéréotypes. Le genre binaire masculin/féminin est un de ces stéréotypes et deviendrait une prophétie qui s’accomplit à coup sûr, imposé dès notre enfance comme faisant partie intégrante de notre "nature"

    [6« Loi sur la transsexualité » : voir les revendications de GPs

    [7Personne dont le genre est relativement en adéquation avec le rôle social attendu en fonction du sexe. Exemple : dans la culture occidentale, une personne possédant un corps femelle et se vivant comme une femme

    [8Identité psycho-sociale. Rôle social, par exemple masculin ou féminin, et identification à la classe d’individus qui jouent ce rôle. Le genre résulte de stéréotypes culturels qui définissent les comportements masculins et féminins. Le genre n’est pas nécessairement congruent au sexe : une personne mâle peut très bien s’identifier au rôle féminin et être ainsi de genre féminin. Les genres « homme » ou « femme » ne sont que des conventions culturelles très réductrices pour étiqueter un ensemble complexe de traits de personnalité. Chaque être humain a en lui, à la fois, des traits de personnalité jugés féminins et des traits jugés masculins. Il existe donc plus de deux genres dans l’humanité. En outre, le genre est auto-déclaratif : seule la personne concernée peut se déclarer, par exemple, homme, femme, autres, ou ne voulant pas se classer dans une case

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