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  • Pas d’homme enceint en Belgique ?
    Mis en ligne le 11 avril 2008 - Dernière modification le 11 avril 2008

    La remarquable parution dans le Soir du 9 avril 2008 d’une photo de Thomas Beatie, homme transsexuel américain aujourd’hui enceint, n’aura pas manqué de susciter des réactions diverses, dont l’immanquable question : « Et en Belgique ? ». Il se fait qu’en Belgique une telle situation est rendue impossible par la loi du 10 mai 2007 relative à la transsexualité, qui impose en son Art. 2 la stérilisation des individus ayant changé d’état civil. Tant mieux, diront certain·e·s. Mais il se trouve que cette loi, votée en toute discrétion il y a bientôt un an, est scandaleusement discriminatoire à l’égard des milliers de citoyen·ne·s de ce pays qui ne se reconnaissent absolument pas dans les catégories binaires homme/femme.

    Entraînant la déjudiciarisation du changement de l’état civil, elle représente une avancée aux yeux des personnes transsexuelles qui acceptent de bonne grâce (ou par dépit !) d’être pathologisées et cataloguées comme malades mentales, mais elle est dénoncée par beaucoup d’activistes trans’ dans le monde comme l’exemple à ne pas suivre. En Belgique, seule l’association Trans-Action a tenté vainement, dès 2006, d’attirer l’attention des mouvements LGBT (lesbiennes, gays, bi, trans) et des médias sur le caractère stigmatisant de cette loi qui consacre la mainmise totale du corps médical sur la personne transsexuelle, les médecins donnant eux-mêmes à l’administration l’autorisation d’effectuer le changement d’état civil. Il est vrai que la transsexualité (de même que l’intersexualité) est encore répertoriée comme maladie mentale dans les manuels de diagnostic utilisés par nos psychiatres, comme l’était l’homosexualité il n’y a pas si longtemps... La médicalisation et la psychiatrisation des personnes de sexe ou de genre hors normes entraîne leur invisibilisation et leur mise au ban de la société.

    Au nom de quoi interdit-on à un individu ayant subi ou demandé une réassignation sexuelle de procréer comme ille l’entend ? Au nom de quoi empêche-t-on une personne de changer de prénom et/ou de civilité sans devoir entrer dans un protocole médical long et coûteux ? Tout simplement au nom de cette sacro-sainte « différence des sexes » ânonnée par les gardien·ne·s de l’ordre symbolique, qui naturalisent le genre binaire, qui ressassent le concept de « sexes opposés » en étendant l’opposition des gamètes mâles/femelles aux êtres complexes que nous sommes, au mépris de la réalité biologique du continuum des sexes (observé chez toutes les espèces vivantes !), le tout pour justifier la « normalisation », la mutilation voire l’assassinat de tous les individus qui mettent à mal leur modèle binaire. C’est ce discours dichotomique qui rend « monstrueuse » la photo de Thomas Beatie, alors qu’elle est pourtant l’image même de la merveilleuse diversité qui caractérise l’espèce humaine.

    Homme et femme sont des catégories politiques. La mention officielle du sexe est la marque la plus patente du sexisme qui continue d’imprégner notre société hétéropatriarcale.


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