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  • Rébellion intersexe
    Mis en ligne le 25 janvier 2009 - Dernière modification le 25 janvier 2009

    Les associations d’hermaphrodites vont manifester à Genève
    contre les opérations génitales forcées.

    par Marie-Christine Petit-Pierre
    Publié dans Le Temps, samedi 24 janvier 2009

    Les personnes nées avec un sexe mal défini veulent pouvoir choisir si
    elles souhaitent recourir à la chirurgie ou non.

    Est-ce un petit pénis ou un grand clitoris ? Que faut-il faire
    lorsqu’un enfant naît avec un sexe ambigu ? Un cas de figure qui se
    présente dans une naissance sur 2000 environ. Jusqu’à récemment, les
    médecins répondaient le plus souvent par la chirurgie et les
    traitements hormonaux, il fallait décider, vite, du « vrai » sexe du
    nouveau-né. Aujourd’hui les hermaphrodites n’acceptent plus ce diktat.
    Explications avec François Ansermet, chef du service de psychiatrie de
    l’enfant et de l’adolescent à Genève. Alors que l’Association des
    personnes intersexuées se prépare à manifester à Genève sur la place
    des Nations les lundis 26 janvier et 2 février.

    Le Temps : Des militants vont manifester contre les opérations
    génitales forcées pour personnes hermaphrodites. Les traitements
    sont-ils toujours aussi radicaux ?

    François Ansermet : Jusque dans un passé récent, on intervenait le plus
    vite possible lorsqu’un enfant naissait avec une ambiguïté génitale.
    Il fallait décider de son « vrai » sexe le plus tôt possible, l’opérer,
    lui donner un prénom défini. Les médecins agissaient selon le
    paradigme dit de Johns Hopkins, du nom de l’hôpital américain où
    exerçait le fameux endocrinologue John Money, grand défenseur de la
    correction chirurgicale et hormonale de l’intersexualité. On pensait
    qu’il était indispensable de construire une anatomie définie pour que
    l’enfant puisse élaborer son identité sexuelle.

    - Et aujourd’hui ?

    - L’idée de s’appuyer sur un sexe d’attribution a été en particulier
    troublée par certains cas de changement de sexe ultérieurs. Le
    paradigme de Johns Hopkins a alors été largement remis en question.
    Nous avons été amenés à nous interroger sur la différence sexuelle. A
    quoi tient-elle ? Est-ce chromosomique, endocrinien, morphologique,
    cérébral ou une construction culturelle et sociale ? J’ai une jeune
    patiente, très jolie, avec une morphologie tout à fait normale, qui a
    découvert à 16 ans qu’elle était XY et porteuse d’un testicule
    féminisant (le testicule produit de la testostérone mais les
    récepteurs pour cette hormone ne fonctionnent pas, ndlr). La médecine
    a désavoué son sexe, elle lui a dit qu’elle était un homme. Cette
    jeune fille a vécu un traumatisme majeur et dit s’être sentie « jetée
    hors du langage ».

    - Elle n’avait plus de mots pour se définir ?

    - Tout se passe comme si un corps atteint déstabilisait le langage. On
    ne sait plus ce qui est identique et différent, tout bouge. C’est
    pourquoi les personnes nées avec une ambiguïté génitale n’aiment pas
    que l’on utilise le terme d’hermaphrodite. Elles préfèrent celui
    d’intersexué. La médecine parle de pseudo-hermaphrodite ou d’ambiguïté
    génitale.

    - Aujourd’hui on préfère laisser le choix de leur sexe aux intersexués ?

    - La question du choix se pose d’autant plus avec un enfant, puisqu’il
    n’est pas en mesure d’y participer. Ce sont d’abord les médecins qui
    interviennent dans le choix de son sexe. Aujourd’hui certains
    intersexués revendiquent la liberté de ce choix. Chaque sujet est de
    toute façon unique. Son identité ne peut pas être ramenée à la seule
    identité de genre. Il y a plus de différences entre deux sujets qu’il
    n’y en a entre l’ensemble des masculins et l’ensemble des féminins.

    - Devrait-il y avoir un troisième sexe ?

    - Anne Fausto-Sterling, professeure de biologie et d’études genre aux
    Etats-Unis, propose d’admettre l’existence de stades intersexuels. Les
    pseudo-hermaphrodites posent la question : le sexe est-il deux ou
    multiple ? Pour eux, il n’est pas normal d’être obligé de se ranger
    dans la catégorie femme ou homme. Ils estiment avoir le droit d’être
    intersexuels.

    - La chirurgie met-elle en cause la sexualité des intersexuels ?

    - Ne pas se faire opérer est également un choix de jouissance. Ceux
    qui luttent contre une opération trop précoce dénoncent en effet les
    conséquences des mutilations provoquées par la chirurgie qui les
    privent des sensations des organes touchés et peuvent les laisser
    insensibles.

    - Comment envisagez-vous l’avenir ?

    - Aujourd’hui, en tenant compte des changements dans les règles de
    soins aux intersexués, je pense que nous devrions travailler en
    collaboration. En associant chirurgiens, psychiatres, associations de
    patients et recherches en études genre pour construire une prise en
    charge adéquate des patients.


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