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    Mis en ligne le 18 janvier 2008 - Dernière modification le 15 juillet 2008

    Suis-je intersexué-e ?

    par Curtis Hinkle

    Avant d’essayer ce "quizz", répondez aux questions suivantes
    (commentaires ci-dessous) :

    1) Avez-vous subi des examens médicaux pour vérifier que tous les aspects de votre corps sont en conformité avec les standards masculins ou féminins (comme des chromosomes, le système reproducteur interne, des gènes, des hormones, etc.) ?

    2) Est-ce qu’on vous a expliqué comment votre sexe administratif a été déterminé ?

    3) Avez-vous toujours eu le sentiment que votre genre était en accord total avec le sexe qui vous a été attribué ?

    4) Croyez-vous que les attributions administratives de sexe sont basées sur de véritables données scientifiques ?

    5) Croyez-vous que votre corps détermine votre genre et qu’il vous limite aux stéréotypes de genre répandus dans nos sociétés ? (ex : un homme peut-il faire de la broderie ou une femme être pompier ?)

    6) Croyez-vous qu’il y a seulement deux sexes ?

    7) Croyez-vous que les « études scientifiques » financées par nos sociétés et qui perpétuent l’idée que les hommes et des femmes sont fondamentalement différents les uns des autres soient significatives (ou importantes) ?

    8) Croyez-vous que, au contraire du « genre », le sexe ne soit pas une construction sociale ?

    Quizz

    Pour ceux et celles qui ont été élevé·e·s en filles :

    1) Est-ce que votre clitoris est surdimensionné ?
    2) Avez-vous beaucoup plus de pilosité que la plupart d’autres "femmes" ?
    3) Avez-vous une morphologie "très masculine" ?
    4) Avez-vous des chromosomes XY ou XO ?
    5) Avez-vous un niveau d’androgènes (hormones masculines) beaucoup plus élevé que la plupart des "femmes" ?

    Pour ceux et celles qui ont été élevé·e·s en garçons :

    1) Avez-vous un pénis très petit ou avec un orifice urinaire qui n’est pas à son emplacement habituel ?
    2) Avez-vous des seins beaucoup plus développés que la plupart des "hommes" ?
    3) Avez-vous des testicules non descendus ?
    4) Avez-vous un niveau de testostérone très bas ?
    5) Avez-vous des chromosomes XX, XXY, XXXY, etc.?

    Si vous avez répondu "oui" à une des questions ci-dessus, vous êtes intersexué-e. Cette liste pourrait être beaucoup plus longue. Cependant, cela vous donne une idée générale de ce qu’est l’intersexualité, qui est d’être de sexe intermédiaire entre les normes définissant une femme et un homme. A la lecture de ces quelques lignes, vous pourriez avoir l’impression que tout ceci n’est pas scientifique. Tout au contraire.

    Ce petit quizz est plus scientifique que la plupart des méthodes de classifications binaires habituellement utilisées où l’on s’aperçoit que la détermination du sexe officiel, basée sur les seuls organes génitaux, est de plus en plus réductrice et non satisfaisante. Qui plus est, cette méthode catégorielle contribue à la mutilation de personnes afin de les « normaliser ». Cela perpétue également une définition étroite, car binaire, de ce que sont une femme et feint d’ignorer la diversité spectrale du sexe et du genre qui est une composante naturelle de l’être humain.

    Commentaires

    1) Avez-vous subi des examens médicaux pour vérifier que tous les aspects de votre corps sont en conformité avec les standards masculins ou féminins (comme des chromosomes, le système reproducteur interne, des gènes, des hormones, etc.) ?

    Très peu de personnes sont amenées à passer ces tests de « détermination » car le temps et les coûts qui s’y trouveraient associés seraient disproportionnés. Cependant, croire que le monde se résume en une équation binaire « homme-femme » équivaut à nier l’existence des personnes de sexe intermédiaire et peut avoir de graves conséquences ; non seulement sociales, mais également du point de vue des soins reçus. Beaucoup de personnes élevées en filles n’auront pas les mêmes réactions aux traitements proposés par les médecins et cela est aussi vrai pour celles qui ont été élevées en garçon.

    2) Est-ce qu’on vous a expliqué comment votre sexe administratif a été déterminé ?

    Il est généralement admis que les médecins ont raison et leur compétence dans ce domaine n’est pas mise en doute. Cependant, le postulat comme quoi il n’existe que deux sexes est aussi simpliste qu’erroné. Les organes génitaux ne sont pas un marqueur infaillible pour la détermination de notre « vrai » sexe. Tout au long de l’Histoire, les personnes intersexué-e-s ont prouvé que cela était faux. Autrefois, les médecins ont classifié toutes les personnes avec des testicules dans la catégorie « homme ». Souvent les femmes qui sont insensibles aux androgènes ont une apparence tout à fait féminine avec des organes génitaux de femme, des chromosomes XY et des testicules internes. Est-ce que les testicules et les chromosomes devraient déterminer le « vrai » sexe de ces femmes ? Comment savoir le « vrai » sexe d’une personne sans lui demander ? 

    3) Avez-vous toujours eu le sentiment que votre genre était en accord total avec le sexe qui vous a été attribué ?

    Puisque nous avons divisé toute la population en seulement deux catégories sexuelles, il est normal que beaucoup de personnes se sentent broyées dans un tel système. Si vous avez, ou avez eu, l’impression que vous n’êtes pas totalement masculin-e ou féminin-e, vous n’êtes pas seul-e dans ce cas. La diversité est une composante de la Vie et seuls les ordinateurs ne pensent qu’en termes de « 0 » et de « 1 ». Ce mythe binaire est non seulement pseudoscientifique mais aussi sexiste.

    4) Croyez-vous que les attributions administratives de sexe sont basées sur de véritables données scientifiques ?

    Comme on vient de le voir, le plus souvent on nous attribue un sexe en regardant nos organes génitaux et rien d’autre. Il n’y a rien de véritablement scientifique dans tout cela. Au mieux, c’est une simple conjecture qui permet de « rassurer » les parents et les proches sur l’avenir social de l’enfant.

    5) Croyez-vous que votre corps détermine votre genre et qu’il vous limite aux stéréotypes de genre répandus dans nos sociétés ?

    Si oui, ce quizz n’est pas pour vous.

    6) Croyez-vous il y a seulement deux sexes ?

    Si oui, évidemment, ce quizz n’est pas pour vous.

    7) Croyez-vous que les « études scientifiques » financées par nos sociétés et qui perpétuent l’idée que les hommes et des femmes sont fondamentalement différents les uns des autres soient importantes ?

    Une société sexiste a des droit acquis dans la construction actuelle binaire du sexe et donc a un intérêt à ne pas changer ce système. Les chercheurs ont d’énormes budgets leur permettant de financer leurs "études" sur les différences entre hommes et femmes.

    Nous, les membres de l’OII, croyons que cette recherche et le financement accordé ont plus un but socioculturel que scientifique. Le principe de base de cette recherche suppose que les humains sont totalement hommes ou femmes, ce qui n’est pas du tout le cas. En partant de ce postulat erronée, les « chercheurs » posent la question suivante :
    "Comment les hommes et des femmes sont-ils différents ?"

    Nous sommes convaincus que cette question ne serait que secondaire dans une société qui ne serait pas profondément sexiste. Puis, après avoir énoncé ce raisonnement biaisé, les chercheurs découvrent des « différences » et nous proposent des clichés qui renforcent encore plus solidement le mythe binaire qui est à la base de la question posée. C’est un cercle vicieux.

    8) Croyez-vous que, au contraire du « genre », le sexe ne soit pas une construction sociale ?

    Le fait que le sexe soit divisé en seulement deux catégories officielles prouve qu’il est bien plus une construction sociale que naturelle. En fait, il a été nécessaire de gommer l’existence des intersexué·e·s à travers toute l’Histoire afin de pouvoir perpétuer ce mythe bipolaire. Au 19ème siècle, l’intersexualité a été éliminée par les médecins et les chercheurs par le moyen d’une classification pseudo-scientifique : pseudohermaphrodite féminin, pseudo-hermaphrodite masculin et vrai hermaphrodite.

    Ce qui est frappant et ridicule dans cette terminologie est que, chez les humains, l’hermaphrodisme n’existe pas. Les escargots et d’autres animaux peuvent être hermaphrodites, c’est-à-dire qu’ils peuvent présenter une « synthèse » sexuellement fonctionnelle du mâle et de la femelle. Ce type morphologique n’existe pas chez les humains.

    Au XIXe siècle, la société était très soucieuse des moeurs sexuelles et la présence d’"hermaphrodites" présentait un défi sérieux à leur concept de la moralité et à la place des hommes et des femmes dans la société. Comment éviter la « perversion » homosexuelle si on ignorait si la personne était un homme ou une femme ? Comment faire pour que les femmes restent à leur place si on permettait à des hermaphrodites qui n’étaient pas « vraiment des hommes » d’être reconnus comme tels ? En même temps les médecins découvraient de plus en plus de personnes qui étaient difficile de classer dans ce système binaire. Pour résoudre ce problème, ils décidèrent que les gonades (qui désignent indistinctement ovaires et testicules) étaient les seuls vrais indicateurs du sexe d’une personne.

    Cette taxonomie convenait bien au besoin qu’on avait d’effacer toute ambiguïté des sexes car, dans ce système, les seules personnes qui étaient répertoriées comme vrais hermaphrodites étaient celles qui avaient et un ovaire et un testicule ou qui avaient du tissu ovarien et testiculaire, ce qui est très rare. Toute autre personne intersexuée possédant des testicules devenait pseudo-hermaphrodite masculin et cela même si les testicules n’étaient pas descendus et si la personne en question avait un vagin, des seins et se considérait elle-même être une femme. Les autres, ceux qui avaient des ovaires, devenaient des pseudo-hermaphrodites féminins et cela, même si la personne en question n’avait ni seins, ni vagin et présentait une pilosité masculine.

    Au XXe siècle, une taxonomie plus élaborée vit le jour et s’avéra encore plus efficace dans la dissimulation de l’intersexualité. Au lieu de nous appeler des vraies personnes ou des pseudo personnes, nous sommes devenues tout simplement des hommes et des femmes « défectueux », souffrant, selon les médecins, d’une série de symptômes médicaux et de syndromes. Le monde médical nous offrit alors "des remèdes" qui souvent n’étaient rien de plus qu’un « traitement » pour nous donner la possibilité de ressembler approximativement à une des deux catégories de sexes officiels, conformation nécessaires pour notre sécurité dans nos sociétés, même celles qu’on appelle « avancées ».

    Aujourd’hui encore, de telles décisions devraient être laissées à l’individu et non imposées. Cette division de l’intersexualité en d’innombrables conditions médicales a tellement fractionné la communauté des intersexué-e-s qu’il est désormais très difficile de trouver un consensus à opposer à ceux qui nous imposent leurs propres définitions.

    L’Organisation Internationale des Intersexué·e·s n’accepte pas comme préalable pseudoscientifique que nous soyons des hommes ou des femmes « défectueus·e·s ». Nous admettons qu’il y a des myriades de sexes et de genres dans la Nature et croyons que nous sommes les mieux placés pour déterminer notre « vraie » place sur ce spectre. Nous n’avons nul besoin d’un binaire mythique qui effacerait l’existence d’une grande partie de l’humanité.


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