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  • Théorie queer intersexe
    Mis en ligne le 2 septembre 2009 - Dernière modification le 10 novembre 2014

    Au-delà des mouvements identitaires : l’Intersexuation de la théorie queer

    par Curtis E. Hinkle

    I. Le traitement des intersexués (hermaphrodites) est un symbole révélateur des mesures prises par les autorités pour maintenir une hégémonie hétéronormative (hétérosexualité obligatoire) dans nos sociétés.

    * La taxonomie des hermaphrodites qui nous divise en deux catégories - hermaphrodites vrais et pseudos - découle d’une tentative désespérée pour effacer notre existence.

    * En choisissant seulement les gonades comme le seul signe du "vrai" sexe d’une personne, la plupart des personnes précédemment connues comme hermaphrodites était soudainement pseudo-hermaphrodites. Ainsi s’est maintenu le système binaire.

    * Le traitement actuel des enfants intersexués consiste à rendre leurs corps "convenables" pour le coït hétérosexuel par des interventions chirurgicales, c’est-à-dire des mutilations, ce qui renforce la hiérarchie hétérosexiste.

    II. Le plus grand défi des personnes nées avec une condition intersexuelle est la division arbitraire de sexe et du genre dans deux catégories.

    * Il n’y a pas seulement deux catégories de sexe préexistantes. On accepte souvent que le genre est une construction sociale mais l’étude des intersexués révèle que le sexe est aussi une construction sociale. De plus en plus, on se rend compte qu’il y a des parties du corps autre que le système de reproduction qui sont "sexuées" — des gènes, le cerveau, même les doigts.

    * Le problème est que chaque fois que nous découvrons une différence, nous la nommons invariablement dans un système arbitraire binaire de mâle/femelle, malgré l’évidence d’étapes intermédiaires et un vaste éventail de possibilités de combinaisons de toutes "les parties" entre elles.

    * Au fur et mesure que la science moderne découvrira de plus en plus de parties du corps désignées comme mâle ou femelle, on se rendra compte de l’absurdité de la supposition que chaque personne est mâle ou femelle.

    III. Pourquoi a-t-on besoin de répartir toutes les personnes dans ces deux catégories ?

    * Même s’il était absolument nécessaire de diviser les personnes dans ces deux catégories, on devrait se demander à qui revient le droit de déterminer le sexe d’un enfant intersexué. N’est-il pas plus raisonnable de demander à la personne elle-même ?

    * A vrai dire, pourquoi demander seulement aux enfants nés avec une condition intersexuelle, plutôt qu’à chaque personne ?

    IV. L’intersexualité n’est pas seulement une question intersexuelle. Il s’agit d’une question relevant des droits de l’homme : tout le monde est affecté par cette logique de mutilation et pas seulement les personnes que les professionnels désignent comme étant de sexe "ambigu".

    V. Devons-nous définir l’intersexualité seulement comme une "ambiguïté" sexuelle physique déterminée par les médecins ?

    * Si on accepte une telle définition, on ne fait que créer une autre identité "statique" déterminée par les professionnels qui sont déjà partie intégrante du système hétérosexiste qui prédomine dans nos sociétés.

    * L’Intersexe doit être une autre option — une autre façon d’être et une possibilité pour n’importe qui. De même que nous n’avons pas vraiment une définition claire et "statique" pour ce qu’est une femme ou un homme, on ne peut jamais s’attendre à trouver une définition exacte de ce qu’est une personne intersexe.

    * Beaucoup de personnes dans la communauté intersexuée revendiquent le droit de s’identifier comme homme ou femme sans égard à leurs organes génitaux. Si nous, nous revendiquons ce droit, pourquoi croire que c’est un droit qu’on devrait accorder seulement à une petite minorité et pas à tout le monde ?

    VI. L’Organisation Internationale des Intersexués s’opposent à toute classification de l’intersexualité comme une condition pathologique. Nous ne sommes pas malades parce que nous sommes intersexes.

    * Définir l’intersexualité comme une pathologie médicale est un piège très dangereux pour les interesexes car cela laisse entendre qu’on devrait le traiter et le "guérir." Etre intersexe est une autre possibilité existentielle et une manière parmi d’autre pour la déconstruction du système binaire qui nous opprime tous.

    * On souhaite la bienvenue à tous ceux qui s’identifient comme intersexes et ceux qui ont une autre identité de venir faire cause commune avec nous dans notre lutte pour les droits de l’homme.

    VII. Ce qui est important, c’est que nous soyons des "personnes" avant tout, que nous établissions des rapports avec d’autres en tant que "personnes" et que nous accueillions la diversité comme partie intégrale du monde naturel.


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