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  • Un "homme" enceint : l’horreur absolue ?
    Mis en ligne le 12 juin 2009 - Dernière modification le 10 novembre 2014

    La saga "Thomas Beatie" continue à faire les gorges chaudes des médias... Le Soir de ce mercredi 10 juin nous relate, curieusement dans la rubrique "Sports" et sous le titre "Un transsexuel donne naissance à son deuxième enfant", les derniers événements survenus dans cette famille qui pour les un·e·s sort de l’ordinaire et pour les autres est tout bonnement une "erreur de la nature". On se souvient, en effet (cf. "Pas d’homme enceint en Belgique ?"), que la deuxième grossesse de Thomas Beatie avait fait grand bruit, d’aucun·e·s s’offusquant qu’un "homme" [1] puisse être enceint et donner naissance à un enfant.

    Les faits relatés dans l’article du Soir sont repris ci-dessous, les termes impropres et/ou binaires [2] ayant été mis en italique.

    Cet article est suivi de commentaires précédemment publiés par Stef, activiste trans’ qui a lui-même donné naissance à un enfant.

    L’article publié par le Soir [3]

    Un transsexuel donne naissance à son 2ème enfant

    Un transsexuel américain, né femme avant de subir des traitements pour devenir un homme, a donné naissance mardi à son deuxième enfant, indique le site internet de la chaîne ABC News. Cet homme de 35 ans, qui avait donné naissance l’été dernier dans l’Oregon (nord-ouest) à une petite fille prénommée Susan, a accouché d’un petit garçon, rapporte ABC News. Thomas Beatie, qui est légalement un homme mais qui a gardé ses organes de reproduction féminins après avoir changé de sexe, avait fait sensation l’an dernier lorsqu’il avait annoncé sa première grossesse. Engagé dans une relation homosexuelle avec une femme prénommée Nancy, Thomas Beatie, née Tracy, avait changé légalement de sexe en 1998 pour devenir un homme après un traitement hormonal et le retrait de ses seins. Il avait épousé ensuite sa compagne, âgée de 46 ans. Il a expliqué qu’après son premier accouchement, il n’avait pas repris son traitement d’hormones mâles afin de pouvoir concevoir à nouveau, ajoutant que son épouse ayant subi une hystérectomie, c’est lui qui, pour faire aboutir leur désir d’enfant, a porté les grossesses créées par insémination artificielle.

    Les commentaires de Stef

    Les médias ont fait gorge chaude de ce soi-disant premier cas. Je dis "soi-disant" car ce n’est pas le premier homme trans enceint.

    S’en est suivi, et dans les médias, et dans la communauté trans, de nombreuses discussions et jugements. A savoir :

    - La remise en cause du genre de l’homme enceint qui du fait qu’il est enceint redevient une femme.

    - La remise en cause de son identité trans.

    Quoi de plus dérangeant qu’un homme enceint ,vite rassurons nous ce ne peut pas être un homme !

    La psychiatrie nous martèle d’un côté que nous devons être des hommes ou des femmes : pas n’importe quels hommes ou femmes mais nous devons devenir des copies les plus conformes possibles d’hommes ou de femmes non trans.

    D’un autre côté, cette même psychiatrie nous martèle que nous ne serons jamais de "vraiEs" hommes ou femmes, car nous serons toujours anatomiquement différents (et nous pousse à mettre à la poubelle notre passé. )

    Donc nous ne serons jamais que des copies "plus ou moins réussies" d’hommes et femmes. Comme si être trans nous interdisait d’être entièrement des hommes ou des femmes. Comme si seules les personnes non trans avaient le droit d’être entièrement hommes ou femmes.

    On s’étonne alors que beaucoup de trans se considèrent comme des victimes ?

    [Je parle binairement, sans oublier l’existence de nombreuses personnes qui ne sont ni hommes ni femmes, ou sont les deux ou encore "autre".]

    Personnellement je suis du genre homme, ce qui est mon identité de genre. Je suis trans, ce qui est aussi mon identité de "parcours".
    Le fait d’être trans ne fait pas de moi un "sous homme", j’ai un parcours différent de celui d’un homme non trans, j’ai un corps différent, une histoire différente, et c’est cela mon identité trans. Je ne suis pas une copie d’un homme non trans et je refuse de le devenir.
    Mon histoire est différente de celle d’un homme non trans et je me refuse à mettre à la poubelle cette histoire ! Cette histoire fait partie de moi, de ma richesse différente d’un homme non trans.

    Mon corps est différent : si j’ai des ovaires, un vagin, un utérus, cela fait partie de mon identité trans. Si je suis un homme avec un vagin, un utérus, des ovaires ect, selon quelles normes ne pourrais-je pas utiliser ces organes ? Si ce n’est que pour à nouveau entrer dans le schéma "un homme c’est comme ceci" et devoir me conformer à cette norme, entrer dans le schéma d’un homme non trans, ainsi que d’en être la copie la plus exacte possible.

    JE refuse d’être une copie !

    Les trans ne sont pas des copies !

    La communauté trans est composée d’une multitude d’identités, de parcours différents. Notre propre identité ne doit pas devenir une nouvelle norme imposée à touTEs !
    Ce n’est ni aux trans, ni aux psychiatres, ni aux médias, ni aux moralisateurs de tout poil de décider selon telle ou telle norme qui est trans et qui ne l’est pas !

    Nous sommes capables touTEs de savoir nous mêmes qui nous sommes !

    stef TRANS @ GRESSION

    No tenemos disfória ,tenemos euforia de género !

    Homme enceint

    [1Thomas Beatie, transgenre FTM devenu légalement "de sexe masculin", avait opté pour une masectomie mais décidé de garder utérus et vagin. Il suivait un traitement hormonal virilisant qu’il a interrompu pour pouvoir porter le bébé désiré par sa compagne et lui.

    [2Le binarisme, fils (ou fille ?) de l’hétérosexisme, est un système de pensée qui ne conçoit l’humanité que de manière binaire : hommes-femmes, mâles-femelles, homos-hétéros, Blancs-Noirs, etc. Dans un tel système, pas de place pour l’entre-deux, qu’ille soit transgenre, genres fluides, intersexe, intergenre, dégenré·e, métis, mutant·e, hybride, ...

    [3Rédaction en ligne - mercredi 10 juin 2009, 08:49

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